Rencontre avec Cracki Records à l’occasion de ses 5 ans d’existence

C’est dans un bar dans le 18ème arrondissement que l’on a rencontré les deux fondateurs du label parisien Cracki Records, Donatien et François. Bien visible sur la scène nationale grâce à des artistes fraîchement signés comme Agar Agar où Ménage à Trois, le label qui fête ses 5 ans en a profité pour sortir une compile, « Mémoires d’Éléphant« . Une belle rencontre et une grande birthday party au Rex Club le 16 décembre nous laisse présager un avenir prospère pour le binôme hyperactif.

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Vous pouvez présenter Cracki ? Quel est votre parcours ?

Francois : Dans le label on est deux. À l’origine c’était une asso, maintenant c’est une boite : les projets ont tourné, on a des amis qui nous ont aidé, qui sont partis, qui sont revenus… mais il y a toujours une dizaine de personnes autour de nous, ça reste un collectif.

Donatien : Moi j’ai fait un peu de communication et de distribution cinéma, et François, lui a fait du droit. Mais c’est un projet de passion plus qu’un projet professionnel. Ça a pris le pas. On était encore en étude quand Cracki a commencé, et à la fin on a embrayé là-dessus. Et ça commence à bien prendre.

Comment est réparti le travail entre vous ?

Donatien : François s’occupe de toute la partie éditoriale, la mise en relation avec la publicité, la gestion avec la Sacem, tout ce qui touche aux lives… La partie événement il la gère avec Paul, et moi je suis plus en lien avec le distributeur pour les sorties digitales, physiques, le process d’enregistrement.

Francois : On a tout appris sur le tas, on s’est formé tout seul. Mais c’était un peu dur au début, on s’est retrouvé avec un bébé entre les mains et on savait pas comment le faire grandir. On a fait quelques petites erreurs : j’avais jamais fait de stage dans le monde de la musique avant, Donatien non plus d’ailleurs, notre stage c’était chez nous !

Quand tu dis « chez vous », tu parles du label, mais vous avez aussi votre propre espace de travail ?

Donatien : Une place s’est libérée dans ce local dans le 18ème, entre Simplon et la Porte de Clignancourt. On partage juste les locaux, sans forcément bosser avec tous les autres résidents. Récemment ont a monté une agence de booking avec les Amical Music et cette structure s’appelle Pedro Booking. Ça permet un dialogue plus simple étant donné que la bookeuse est dans les bureaux… c’était histoire de fusionner, nous on a nos festivals distinct avec le Macki Music Festival, et eux ils ont Roscella Bay et Hors Bord.

François : C’est des personnes avec qui on s’est bien entendus, comme quand on a fait le Macki avec La Mamie’s c’est des gars avec qui on s’est dit « faisons un festoch’ ensemble ». Eux (Amical) faisaient du booking, alors on s’est dit « allez on fait ça avec vous ». C’est avant tout une histoire d’amitié, et ça nous permet de déléguer un peu, comme ça on se concentre plus sur le label, sur nos événements.

C’est donc parti d’un label pour allez vers quelque chose de plus vaste ?

François : On part pas d’un label. Les débuts Cracki – il y a plus de 7 ans – c’était des événements, on a commencé en faisant des fêtes dans des usines et dans des lieux un peu atypiques, tout comme un collectif. Et on a prolongé sur un label, parce que tous les DJ’s qu’on faisait jouer et tourner dans nos fêtes faisaient aussi des productions. Alors on a commencé à sortir leurs disques. On a toujours eu l’idée un peu cachée de faire un label ; tant que ça touche à la musique, à la création et à l’art en général on est un peu hyperactifs. 

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Tu parles d’événementiel : elles étaient légales vos soirées, ou vous faisiez ça à l’arrache ?

Francois : C’était complètement légal, sous le nom Cracki Records. Après les RG ils ont le nom de ton asso mais c’est pas pour autant qu’ils te laissent tranquille. Au début niveau vigile c’était pas trop ça, c’était des potes de mon frère qui le faisaient… ! Mais bon avec le temps on s’est professionnalisés.

Vous en faites encore des fêtes comme ça ?

Francois : Ouais, mais de manière plus organisée. L’an dernier on a fait une grosse Cracki Party dans une usine avec mille personnes. On sait faire le truc, il y a un peu de sécu, les salles sont mieux montées, le son est de meilleure qualité… L’entrée et le vestiaire se font sans qu’il y ait une heure de queue. L’enjeu c’est de garder cet esprit toujours libertaire avec des prix bas. Ça fait 7 ans qu’on fait ça et l’entrée était à 12 euros, les boissons pas chères du tout… L’idée c’est de rester accessibles à tous, sans sélection ; n’importe qui peux venir dans un esprit familial de fête et de bonne humeur, vraiment détente. Dans un cadre où les gens peuvent encore plus s’amuser parce que c’est encore mieux organisé.

Ça peux avoir un charme aussi les fêtes désorganisées, un peu à l’arrache…

Francois : On essaye de garder cette vague à l’âme, même dans la manière de faire on a pas besoin de tout organiser.

Donatien : C’est pas à l’arrache mais décontract’ en fait. La sécu on la brief vraiment pour avoir un esprit qui ne soit pas stressant, pas « fliquant ». Si on a voulu faire des trucs nous mêmes c’est qu’on s’y retrouvait pas dans toutes les boîtes, par exemple au niveau de la sécurité qui était trop désagréable, des prix qui étaient trop chers, des gens qui n’étaient pas automatiquement cools.

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Photo : Daily Laurel

C’est en partie pour ça que vous bossez avec d’autres collectifs ?

Francois : Les seuls avec qui on soit associés c’est la Mamie’s, pour le Macki Music Festival Par contre on a déjà joué les uns avec les autres à des fêtes, avec les gars d’Otto10 par exemple, on se retrouve à des events, mais ça ne veut pas dire qu’on organise des choses ensemble. Avec La Mamie’s, on est assez complémentaires, on se retrouve sur pleins de points. On a aussi d’autres cercles que les collectifs à côté, avec les labels par exemple : Pan European, Entreprise, No Format!, qui eux ne connaissent pas du tout le cercle des collectifs événementiels etc. On est au croisement de tout ça.

Donatien : Malgré le Macki, qui est un gros projet, c’est surtout le label qu’on a relancé avec des sorties comme Agar Agar, la compilation qui arrive, un nouveau projet qui s’appelle Lucien and the Kimono Orchestra qui, au passage est super !

Francois : Le cœur de notre taff et de notre travail c’est vraiment le label. Après le Macki c’est le truc le plus ambitieux, qui nous demande le plus d’investissement, autant sur le temps qu’on y passe que sur l’argent investi. 

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Photo : Laure Chichmanov

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 Photo Rémy Golinelli

Vous allez les chercher où ces artistes ?

Francois : Y’a pas de règles, c’est vraiment du feeling humain. On part du postulat que pour bien s’entendre artistiquement et pour faire de belles choses ensemble, il faut avant tout que le lien humain soit fort. Ce qui nous attire vers quelqu’un c’est son projet musical, mais on a vu des gars qui faisaient de la super musique et qui étaient imbuvables, donc on a rien fait avec eux. Il faut rester simple, on s’entoure de personnes sincères : ça permet d’augmenter la capacité de création, de compréhension et d’avancer dans le même chemin. Être en accord artistiquement, être en pleine confiance.

Donatien : Tout nos artistes sortent un peu de nulle part. Isaac Delusion on a été le chercher dans son école d’ingé son et puis on l’a mis avec un autre gars, pareil pour L’Impératrice : c’est un mec avec qui on écrivait dans un magazine et qui nous a envoyé une démo… On essaye de prendre les artistes les plus à la racine possible .

Les Agar Agar ont connu un succès fou depuis la fois où on les a interviewés en juin dernier…

Francois : Ouais, là ils commencent à prendre le rythme mais ils ne s’y attendaient pas : ils pensaient avoir juste un petit projet en parallèle de leurs études ! Mais leurs études aux beaux-arts de Cergy est en adéquation avec ce qu’ils font, ils peuvent intégrer leur projet musical en projet artistique.

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Agar Agar – Photo Irwin Barbé

Vous avez une direction sur vos artistes ?

Francois : Oui complètement. Pas d’obligation mais de direction : on les accompagne, on a une vrai direction artistique. Essayer de développer notre patte en leur laissant une part de liberté dans tout ce qu’ils créent, mais en les dirigeant un petit peu et en ne les laissant pas en roue libre musicalement. Quand on voit un projet on sait un peu où on veut l’amener, et on voit si ils sont d’accord pour y aller.

Vous avez une sorte de fil rouge ?

Francois : Le fil rouge, il va dans le choix des artistes à la base. On s’en rend pas compte mais on a fait des trucs de techno, d’acid-techno ou bien alors de folk, donc à l’origine le fil rouge faut vraiment le vouloir… enfin il existe pas quoi. Mais quand tu fais le bilan tu te rends compte qu’il y a une sorte d’étalonnage général. Une fois qu’on connait les artistes, on essaye de les faire se rencontrer, de pousser les featuring, de faire des échanges de remix, ça permet de créer un esprit ensemble. Il faut fonctionner comme une usine de création : on échange artistiquement, et eux-même entre eux ils échangent, c’est le but. Un cercle vertueux de création.

Il y un espace où ils peuvent se rencontrer et enregistrer ?

Francois : Non, la plupart ils font ça chez eux…

Donatien : On fait des résidences dans des grandes maisons à la campagne, sinon on part en studios…

Francois : Là on vient de passer une semaine avec les Agar Agar, on s’est enfermés dans une maison de campagne où ils ont passés cinq jours à composer leur musique. Ils avaient une salle pour eux, et sinon il y a un studio où on va souvent en Normandie pour enregistrer les albums, on a nos petites habitudes. On a pas nos locaux, on aimerait bien mais on n’est pas assez gros, ça coûte extrêmement cher c’est trucs là, et on reste une petite structure.

Ca pourrait être un projet d’avenir ?

Francois : Oui complètement, c’est même une finalité. Quand t’es un label et que tu as tes propres locaux, studios d’enregistrement, tu gagnes vraiment en efficacité quoi.

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La compile, vous pouvez en parler un peu ?

Francois : Le but de cette compile c’est un peu de faire apparaître ce fil rouge directeur que nous même ne saisissions pas totalement. Le travail de réécoute de nos EP et sélectionner les morceaux, c’est avoir un regard rétrospectif qui donne une ligne directrice plus proche du ressenti que du calcul.

Donatien : C’est une façon de montrer ce qu’on à fait pendant 5 ans, en terme de production : donner une couleur au label, avec tous les artistes qui sont passés chez nous. Il y a un disque un peu indie, et l’autre plus électro, ce sont deux vinyles qui sortent le 7 décembre. Et pour l’occasion on fait un Rex Club le 16 décembre !

Francois : Mais on le fait célébrer que par la partie électronique, avec des producteurs de musiques électroniques qui font partis de la famille depuis longtemps : Voiron, Renart, Elliot Litrowski… et Ian Tocor, avec qui on n’a encore rien sorti, mais ça va venir.

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Et qui sont les prochaines sorties à venir sous la patte Cracki ?

Donatien : Il y a Lucien & The Kimono Orchestra dont on va recevoir le vinyle courant décembre, ce super projet Agar Agar, un autre qui s’appelle Lomboy et qui va bientôt sortir… Ménage à Trois aussi, une sorte de white r’n’b vraiment hyper intéressant sur les textures de son, sur l’attitude, sur l’esthétique… Plein de nouvelles signatures. Renart aussi, dont l’album sort en 2017. Il est génial, c’est une histoire qu’il a pensé en composant, comme un récit. On a vraiment hâte !

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