INTERVIEW avec NEUE GRAFIK

Nous avons passé l’après-midi chez le producteur Neue Grafik pour parler cinéma, de la vie, du futur mais surtout de son nouvel EP: ROY.

En marge de la sortie de son nouvel EP Roy à venir sur BeatXChangers, Neue Grafik nous a invité chez lui dimanche dernier pour discuter de ce projet, sa connexion spéciale avec Blade Runner, l’Afrique mais aussi du label qu’il a lancé cette année, dont les releases de Mad Rey et Monomite ont beaucoup fait parler. Un tour d’horizon de la scène française actuelle a longuement été discuté avant de plonger le nez dans sa collection de disques. Un après-midi à la cool chez l’un des producteurs du moment.

  • UT : Comment as-tu appréhendé ce nouvel EP ‘ROY’ que tu sors chez Beat X Changers et qui évolue dans un style différent que ton dernier EP, ‘Pris’ ?

Neue Grafik : PRIS a été produit il y a deux ans donc ces deux EP correspondent à deux périodes différentes. Durant ces deux ans j’ai un peu changé mes manières de produire et disons que je n’étais pas forcément influencé par les mêmes choses. J’ai écouté du hip-hop, énormément de jazz et entre temps j’ai également sorti mon EP Solal sur le label S3A (Sampling As An Art). Donc tu mets tout ça mis bout à bout, tu ajoutes le fait qu’une partie de cet album ait été pensé pour le live et ça t’explique pourquoi ce disque a une autre teinte. Je voulais raconter autre chose. Aussi, le premier était plus lié à la découverte de la House, sachant que je ne venais pas de ce milieu là. Il y avait un style plus répétitif avec des titres comme 3bis ou CBO, créés avec très peu d’éléments, des samples de meufs qui crient par exemple… Je viens de le réécouter récemment. J’étais dans un sacré délire !

Le deuxième est basé sur un autre état d’esprit, avec un rapport fort à l’Afrique, au paternel, à la vision du père. Je parle aussi de l’amour mais aussi de la colère avec par exemple le morceau Dan Kanaka qui est bien corrosif, un peu comme Belleville dans PRIS. C’est tout ce que j’écoute et toutes les émotions que je ressens qui m’influencent en ce moment.

  • UT : Qu’est ce qui fait que le film Blade Runner t’ait tant influencé ces dernières années ? Qu’est-ce que tu y vois et qu’en tires-tu pour être inspiré ?

NG : En fait, ROY et PRIS sont les deux volets d’une trilogie directement inspirée de Blade Runner. ROY c’est Roy Batty et PRIS c’est le replicant du plaisir. C’est mon film favori, j’adore le bouquin de K.Dick, j’aime tout cet univers. Premièrement, le rapport à l’humain : est-ce qu’on est ici sur terre pour remplir une fonction précise comme tous les replicants qui sont destinés à piller des planètes ? Rick Deckard est là pour tuer des robots qui sont limite humains. On se demande d’ailleurs du début à la fin si lui-même n’est pas un robot. Sa fonction en tant que robot serait de tuer d’autres robots. Il y a une ambiguïté qui te mène dans les deux cas à des questionnements super profonds et intéressants.

« Pourquoi je suis en vie ? Pourquoi je ne peux pas vivre plus longtemps ? Tu es là pour un temps précis, donc assume le, vis les choses pleinement, regarde déjà comment tu as grandi »

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La scène où il retourne voir Tyrel, le créateur des Nexus 6 m’a aussi beaucoup inspiré dans ce nouveau disque. Le morceau ROY d’ailleurs est criblé de petits bouts de dialogue samplés de cette scène. « You are the prodigal son. It’s not an easy thing to meet your maker. » Tout ce discours-là : pourquoi je suis en vie ? pourquoi je ne peux pas vivre plus longtemps ? Tu es là pour un temps précis, donc assume-le, vis les choses pleinement, regarde déjà comment tu as grandi ». Je trouvais tout ce discours là très profond. Si tu le prends au premier degré, tu y vois le rapport père-fils, un rapport très charnel, il y a une scène où il lui enfonce les doigts dans les yeux… Si tu le prends  plus du côté imagé, c’est le rapport homme-dieu où ces questions restent sans réponses. J’adore ce truc ! Je peux en parler pendant des heures. Franchement je crois que je vais m’arrêter parce que je suis fan, je l’ai vu 400 fois ! J’adore aussi la BO de Vangelis, en fait j’adore tout !

Pour résumer, il y a donc ce lien entre Roy Battie, qui cherche à retrouver son père, son origine, et avec l’Afrique, qui est très présente dans ce deuxième disque avec notamment la Mamie Wata que l’on retrouve sur l’artwork.

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  • UT : Justement, tu peux nous en dire plus concernant ce côté iconique / cette déesse africaine de l’artwork ?

NG : Comme je vous disais, c’est donc ce qu’on appelle une Mamie Wata. C’est une sirène légendaire qui, dans les ports du Cameroun, t’apporte richesse et bonheur si tu ramasses quelque chose de brillant. Et la coutume veut qu’il faille continuer à lui faire des offrandes par la suite. Si tu te fâches avec elle, elle peut te frapper et tu peux tout perdre. C’est une légende commune à de nombreux pays de l’Afrique Centrale. C’est d’ailleurs de là bas qu’est originaire l’artiste qui l’a réalisé : Daniella Yohannes.

Mon parallèle par rapport à ce disque est basé sur ce pays que je connais très mal car je suis né en France et j’ai fait mes études ici, je pense d’ailleurs avoir plutôt un accent de titi parisien que de Douala ! J’ai tout un rapport déraciné avec ce pays mais en même temps plein de bribes reçues, de part mon éducation qui me connectent directement à l’Afrique.

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Et pour en revenir à ce film, il y a quelque chose d’assez bizarre que la légende représente assez bien et que je retrouve dans Blade Runner avec ce mec qui cherche à tuer son père. Dans la recherche d’émotions ça me parlait beaucoup. Je me suis beaucoup beaucoup inspiré de ça pour les changements d’humeur des morceaux. Par exemple La Villette II représente ma manière de voir Paris l’été ou au printemps avec des personnes qui dansent dans des bars ; le titre Femme Fatale serait plus personnel, conçu comme un tableau, avec un saxophoniste ; L’Amour est produit avec un beat plus hip-hop. A mes yeux, toutes ces choses là réunies représentent les différentes palettes d’émotions dans cette recherche au père : la colère, la douceur, l’amour, ce besoin de relativiser. Toutes les paroles se suivent.

Je me suis vraiment pris la tête pour ce travail car c’était à un moment où ça me parlait beaucoup. C’est une période où tu te sens grandir et où forcément tu commences à penser à cette possibilité d’être père. Tu commences à réfléchir à ta propre vision du père par rapport à toi-même et à tout ce que tu as vécu. Ce disque rassemble donc toutes ces différentes choses qui sont en fin de compte bien connectées les unes aux autres.

NG : Il faut savoir qu’une collaboration comme celle-ci a toujours ses hauts et ses bas. Ne vivant pas dans le même pays, nous passons du temps sans nous voir. Puis d’un coup tu restes 10 heures en studio avec une même personne. Chacun a des approches de travail différentes. En bref, il y a toujours des petites frictions qui se créent ! C’était un peu le cas pour nous aussi. Mais à part ça, l’entente avec Wayne Snow était superbe car c’est un gars passionnant. Il est super intéressant et peut vraiment aller très loin ! Je me considère déjà comme étant une personne qui réfléchit beaucoup à ses projets… Mais lui, c’est moi puissance 15 ! Pour en revenir à nos différences, c’est une personne très mentale. Il est très intérieur et peut ne pas chanter pendant plusieurs heures. Quand il chante il faut que ce soit parfait et que ça sonne bien immédiatement. Moi à l’inverse j’aime bien le « lâché-prise » dans la création et réfléchir après coup. Nous sommes assez opposés dans ce style donc il a fallu trouver un terrain d’entente. C’est ça aussi qui est intéressant, réussir à produire une oeuvre avec ce genre de personnes. Je suis un grand fan de son travail. La première fois que je l’ai entendu c’était sur son single Rosie, qui m’a donné des frissons. Il a une vision très abstraite et poétique de la musique qui me touche vraiment.

« Là tu te retrouves avec une table de mixage monstre, tu te prends pour Timbaland dans un clip, t’appelles tes potes ‘Hey man ! you have to come here !’. »

Et concernant l’accès au studio de Red Bull, on a hérité d’un gros coup de chance. En fait, les organisateurs du Macki Music Festival, La Mamie’s et Cracki Records, cherchaient à faire collaborer un artiste français et un artiste étranger. Ils souhaitaient les faire travailler ensemble sur un projet en partenariat avec Red Bull. Ils nous ont proposé le projet et on aurait été incapable de dire non. Imagine ce que ça représente pour deux gars passionnés de musique. Tu passes du jour au lendemain d’un petit studio très sombre à un studio composé d’une table de mixage monstre, de batteries, de tout ce qu’il faut pour enregistrer des basses… J’ai directement appelé Ben (Monomite), un de mes meilleurs amis pour venir gratter avec moi. J’ai également proposé à un autre ami Hugo Sarton, un excellent batteur et on s’est régalé toute la journée. Je revenais de Berlin, j’avais à peine dormi, je jouais là-bas la veille. J’étais donc arrivé épuisé au studio mais l’excitation de bosser dans un tel endroit a vite pris le dessus. Faut dire aussi qu’il y avait du Red Bull partout, ça m’a donc bien aidé !

C’était une super expérience qui changeait de mon environnement habituel. Comme je te disais, je suis plutôt habitué aux caves sombres et là tu te retrouves avec une table de mixage monstre, tu te prends pour Timbaland, tu te vois directement dans un clip à appeller tes potes ‘Hey man ! you have to come here !’.

L’un des morceaux sur lequel on a bossé, était déjà fini en fait mais on voulait profiter de cette occasion pour le peaufiner. Wayne Snow voulait reposer ses voix. De mon côté, j’ai pu profiter de ce matériel pour enregistrer sur un vrai Rhodes et délaisser mon VST. L’arrangement avec la basse et la batterie live est vite devenu beaucoup plus propre et authentique. J’aimerais bien que ça arrive tous les jours !

  • UT : Pour revenir à ton dernier EP, pourrais-tu repenser spontanément à un sample que tu as utilisé ? 

NG : Comme ça je te dirai que sur mon titre La Villette II, il y a un sample de Wes Montgomery – Days of Wine and Roses. C’est un gros classique standard jazz et je me bien amusé « chopé » les accords dans tous les sens pour le déstructurer.

  • UT : Au niveau de ton actualité, on ne peut passer à côté du lancement de ton propre label. Tu peux nous expliquer le projet autour de Vertu ?

NG : A la base c’est un projet qu’on devait monter ensemble il y a 2-3 ans avec Etienne (Hybu), mais ça a été retardé pour diverses raisons. A l’époque, on était dans un style proche des influences de nos débuts. C’était un projet assez bass music et c’est aussi comme ça qu’est arrivé Evans dans le projet. Durant ces 3 ans, on a continué à discuter régulièrement de ce projet. On pensait carrément qu’il y avait un truc à faire et qu’on le ferait dès que le temps nous le permettrait. A mes yeux, ça avait beaucoup de sens de créer cette structure avec Etienne. C’est celui qui m’a guidé et qui m’a lancé là-dedans, sans oublier les potes de BeatXChangers, forcément. Pendant ces trois ans, mon style a évolué vers de la House et ce qu’on faisait avant n’était plus forcément ce que je voulais faire aujourd’hui. Finalement, on a laissé la bass music de côté et on a sorti notre premier EP avec Mad Rey. C’est le premier disque de ce label et on est en très fiers. 

« J’ai parlé avec Bradley Zero vendredi justement, un mec qui fait des choses assez dingues en ce moment et qui lui même connaissait Monomite et était très fan. C’est super gratifiant. »

C’est pas pour autant qu’on se limite à la House. Dans le projet Pondicherry EP de Monomite, il y a beaucoup de broken-beat, de hip-hop, et encore plein d’autres choses. Je suis hyper fier des deux premiers, j’ai pris le temps de sélectionner certains morceaux et ça valait le coup que je taffe jusqu’à pas d’heures avec Quentin ou Ben.

Pour Monomite, l’histoire autour de la release est assez marrante. Le truc s’est un peu terminé au dernier moment. En fait, il partait en Inde à Pondicherry alors que les morceaux pour l’EP n’étaient pas encore tous sélectionnés. La nuit de son départ, je jouais à la Concrète et on devait enchaîner avec une session de dernière minute chez lui. Je suis arrivé avec tout mon matos live vers 4h du matin et on s’est mis au boulot. On l’a fini dans une urgence de fou, il partait à midi et j’ai bougé de chez lui à 10h du matin. Au moins on avait notre disque terminé. J’en suis trop fier ! Il y a d’ailleurs un titre que je vous conseille absolument, Les Baffes de Georges Moustaki. Idéal pour faire bouger les gens en club, c’est totalement fou. Et le nom défonce. J’adore cet EP et le mec derrière.

  • UT : T’as une relation hyper forte avec les mecs de BeatX, comment tu as ressenti le truc en montant VERTV en parallèle ? Comment tu ressens la scène parisienne en général ? 

NG : Il y a une compétitivité super saine avec BeatX et on s’entraide. On est super potes, ce sont des mecs en or. Et puis c’est une communauté avant d’être un label et leur volonté c’était que la musique vive et que plein de choses se fassent. Je sors Monomite sur Vertv et en parallèle, mon disque sort chez eux. C’est con, mais on a vraiment des gens talentueux autour de cette communauté et de ce label, on a besoin que tout ça sorte. Tant que ça sort chez quelqu’un ça nous va… Et il y a aussi le fait qu’on soit dans une ville où plein de choses se font en ce moment. C’est hyper important de maintenir ce rythme de release. On est dans une vibe ultra positive et on a juste envie d’écouter de la musique ! Trop de choses se font à Paris ou des villes comme Lyon qui propose aussi de belles choses. Je pense à des labels comme Kaffé Kreme ou Groovedge Records mais surtout à un gars comme Labat qui fait des choses de dingue. Je me rends en compte du vivier d’artistes qu’il y a et de toutes ces ramifications qui se font en France. Le regard des anglais et des allemands a changé sur la France et beaucoup de projets intéressent à l’international. On peut faire plein de trucs avec plein de français et c’est excellent d’avoir une scène comme ça.

Ce qui est fou aussi c’est que depuis un an ou deux il y a des soirées de dingues tout le temps. Ce week-end par exemple j’organisais la Release Party de l’EP de Monomite à La Rotonde. En même temps, il y avait Bradley Zéro, le boss de Rhythm Section au Djoon. La scène parisienne actuelle me plait beaucoup et je suis heureux d’en parler. Avec les gars de BeatX c’est un truc dont on rêvait. On a toujours parlé des scènes UK, de Détroit, de New-York ou de Berlin. On parle enfin de Paris ! Il y a eu des petits labels qui ont marché mais j’ai pas ressenti autant de choses qu’aujourd’hui. J’ai parlé avec Bradley Zero vendredi justement qui m’en parlait et lui même connaissait Monomite et était très fan. C’est super gratifiant qu’un mec comme lui reconnaisse la qualité de ton travail. Kai Alce et Max Graef aussi qui parlent en bien de ce disque. C’est important d’avoir autant de retours positifs.

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  • UT : Justement tu nous parles pas mal de la scène UK, quels artistes te parlent le plus et t’influencent aujourd’hui ?

NG : En Angleterre, il y a la scène de jazz actuelle que je ne connais pas encore assez. Il faut que je diggue plus ce style et mes prochaines recherches vont clairement s’orienter là dessus. Aujourd’hui, j’écoute beaucoup Dego & Kaidi Tatham. Ces deux mecs sont excellents et je vous recommande aussi les sides projects de Kaidi qui sont incroyables ; je pense à Shokazulu ou Agent K par exemple. Le broken beat actuel me parle beaucoup.

« J’ai l’impression qu’on va tous être inspirés par des éléments de jazz, de funk et d’autres styles musicaux qui viennent rentrer dans la House »

Dans les derniers labels qui font des choses passionnantes, je citerai Rhythm Section mais avant tout 22a. C’est un label de fou dont j’achète tous les disques. Ce sont des gars que j’aimerais beaucoup rencontrer. J’ai envie de citer Reginald Omar Mamode IV, Mo Kolours, Al Dobson Jr, Jeen Bassa et Tenderlonious. Tous ces mecs font des choses hyper intéressantes et font du bien à la musique.

En ce moment j’ai la sensation que les producteurs de House, qu’ils viennent des UK avec Henry Wu, d’ici avec Mad Rey ou Monomite, ou encore d’Allemagne avec Max Graef, tous vont être inspirés par des éléments de jazz, de funk et d’autres styles musicaux pour les intégrer dans leur style. Au final ça créé une sorte de House transverse, une House que tu peux écouter chez toi posé ou alors des trucs beaucoup plus énervés parfait pour t’ambiancer en club. C’est une impression globale qui se vérifie dans la House mais aussi dans d’autres styles. J’y ai d’ailleurs beaucoup pensé quand j’ai écouté Kamasi Washington ou Kendrick Lamar. Ces mecs là aussi vont aller piocher dans d’autres styles musicaux pour alimenter le leur. Tout le monde essaye d’ouvrir tous les sons. On est dans une période où tout a déjà été fait mais ça créé un truc super dynamique encore plus dingue. Comme tout a été fait, tu vas aller piocher partout pour faire un truc qui n’existe pas et le faire à ta sauce. On va essayer de les catégoriser mais ça ne correspond pas toujours à des styles. Je suis content d’entendre ça maintenant, ça te donne envie d’évoluer.

Pour en revenir à Kamasi Washington, c’est un artiste que je vénère depuis peu. C’est le summum du jazz actuel, super expansif. C’est un mec qui compose ses morceaux avec 30 musiciens et arrive à te sortir un son super lourd et il fait sold-out au Philarmonique. Gros respect ! Le jazz est de retour et inspire énormément la scène actuelle.

  • UT : Justement la question pourrait paraître naïve mais tu fais du gères au piano, t’as collaboré avec Wayne Snow un chanteur, tu bosses avec un gars comme Monomite, un bassiste, avec des batteurs, saxophonistes. T’as pas encore pensé à créer un jazz band ou à des projets comme ceux que tu viens de citer ?

NG : C’est une très bonne question d’autant plus que c’est un truc que j’ai en tête et c’est quelque chose qui pourrait arriver. Après, ce qui est toujours compliqué c’est que suis super perfectionniste et un projet comme ça c’est quelque chose qui se travaille énormément. Faut que ça envoie, que ça groove, et que d’autres mecs perfectionnistes comme toi soient tous contents du résultat.  Il faut aussi qu’on arrive à tous être à chaque fois au complet en répétitions. ce sont beaucoup de choses auxquelles penser et pour lesquelles il faut du temps ! Après, l’envie est là mais il faut avoir en tête qu’un projet comme ça doit être maturer avant de voir le jour. On en a déjà parlé avec certains mais ce ne sera pas pour tout de suite. Mais des trucs arriveront, sois-en sur ! Ce serait dommage et bizarre en tous cas qu’on arrive pas à faire des trucs ensemble. Faut juste être patient.

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On y pense aussi avec Mad Rey et Labat. Je pourrai me mettre au piano, Quentin à la batterie, Labat pourrait être aux machines. On pense à plein de trucs et même ça c’est cool car tu t’ouvres encore à d’autres perspectives. Même avec ma copine qui est danseuse. On vit ensemble et parfois elle danse dans le jardin quand je me met au piano. Ce genre de projet pourrait être intéressant ! J’ai l’impression que la musique est omniprésente dans ma vie, et j’ai envie de me dire « exploite ce qui arrive naturellement et tu verras ensuite pour le reste ».

  • UT : Question traditionnelle, dans une utopie avec quel artiste mort ou vivant tu voudrais ou aurais voulu collaborer ? Dans quel contexte ? 

NG : J’aurais beaucoup de mal à n’en citer qu’un. Mais pour commencer je dirai Paul McCartney. Je suis un grand fan de son écriture. J’ai d’abord été fan de Lennon mais au final plus tu écoutes les Beatles et plus tu te rends compte que le mec qui a une écriture incroyable, c’est McCartney. C’est le mec qui arrive toujours à sortir un truc catchy et profond, même quand ça peut paraître évident. Il y a toujours un truc qui fait que ça marche. L’écriture est un exercice très compliqué et il excelle là-dedans. Collaborer avec lui doit être une chose passionnante. Je dirai donc qu’une utopie pourrait être de bosser à Abbey Road avec lui.

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Dans un autre contexte, je dirai bosser avec Miles Davis. Tu vois, j’hésitais entre James Brown et Miles Davis car je suis très admiratif des deux mais je donnerai un avantage à Miles. Avec lui, il y a ce truc très fort, ce mélange de liberté artistique qu’il recherche tout en étant à fond dans ton truc. Il y a aussi ce délire où t’es un petit jeune qui se tait, qui joue et qui doit faire ses preuves comme tous les autres musiciens autour de lui. Au final, tous ceux qui ont bossé avec Miles sont devenus des sommités. Rien que là je pense à Herbie Hancock, Ron Carter, et John Coltrane. Ils sont tous devenus des stars par la suite. Ce dont je rêverai c’est avoir 18 ans, vivre à New York et jouer pour Miles. Je rêverais de faire mes preuves sur Kind Of Blue à la place de Bill Evans.

Allez, un troisième ! J’aurais adoré être en studio avec D’Angelo sur Voodoo, surtout pour voir l’ambiance. Imagine la situation, t’as Roy Hargrove qui joue de la trompette à côté, il y a J Dilla qui passe de temps en temps pour dire à D’Angelo de mettre le kick là ou là. Imagine D’Angelo torse nu constamment, avec son truc voodoo autour du cou. Ensuite, t’as Erikah Badu au dessus, Angie Stone à côté. C’est juste fou ! La scène néo-soul de cette période m’inspire énormément. Ce sont des gens que je trouve très talentueux. C’est le côté légendaire de ces mecs qui m’intrigue et qui m’épate. Comme pour Miles, tu fais partie des plus grands quand t’es dans leur entourage musical et que tu bosses avec eux, surtout sur ce genre de disque.

Bon tu ne m’en avais demandé qu’un mais je vais aussi t’en donner un quatrième. Il faut aussi parler des plus récents. Il y a aussi un mec comme Madlib avec qui je rêverai de collaborer. Il a un nombre de personnalités, d’alter-ego et de groupes à lui tout seul. J’adore sa manière d’être fou dans son art.

Et puis allez en France je dirai Pépé Bradock. C’est un mystère absolu ce mec. Je l’ai vu sur une Red Bull Music Academy. Ce qui est fou avec ce mec c’est qu’il n’est pas masqué mais il y a un tel mystère autour de lui. Je me pose des tonnes de questions et je ne suis pas le seul. C’est l’un des rares français qui m’inspire autant ! Il a une aura assez incroyable et il me fascine. Un gars qui sort un morceau comme Deep Burnt dans les années 90, c’est épatant. Il a aussi bossé sur un disque qui est devenu l’un de mes disques de chevet ! Le disque s’appelle PANASH’, un duo entre Jackson and his Computer Band et lui, je l’ai acheté en import du Japon sans savoir que c’était eux et ce deux titres, est vraiment très intéressant.

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Roy est disponible sur bandcamp.

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Interview réalisée par Vincent de Malherbe et Leny Decret