Interview avec le très beau duo Agar Agar

À l’occasion de la troisième édition du Bateau Music Festival, on a conversés les pieds dans l’herbe dans la forêt des Mesnuls avec les derniers petits protégés du label Cracki Records.

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Il y a tout juste deux semaines on parlait de leur premier clip, et voilà qu’on les rencontre juste avant un live cosmique qui nous à tous mis d’accord. Les adorables Agar Agar nous ont parlés de leur influences, de leur rapport à l’image et de leur premier EP, qui sortira en septembre.

  • UT : Déjà, pour commencer, d’où venez vous ?

Clara : Moi je viens de banlieue parisienne, puis je suis allée faire mon lycée dans le sud, à Biarritz, et je suis retournée à Paris par la suite.

Armand : Moi je suis né à Montargis, j’ai grandi principalement à Narbonne, ensuite je suis allé à Montpellier quelques années avant de fuir mes parents et aller m’installer à Paris pour mes études d’architecture. Ensuite j’ai fait les Beaux-Arts.

  • UT : Ok, ça c’est la question qui vient après, n’en dit pas trop ! Donc vous vous êtes rencontrés aux beaux-arts… Et vous y êtes encore ?

Clara : Ah oui, oui ! On est en troisième année là.

  • UT : Donc vous venez du monde de l’art… et ça se voit dans votre clip « Prettiest Virgin ». C’est vous qui l’avez réalisé ?

Armand : Non, c’est Clément Métayer, qui est réalisateur, mais moi j’ai fait toute la partie 3D, avec les personnages etc. On était vraiment dedans, j’ai taffé deux mois dessus en collaboration avec Clément, et Clara accompagnait plutôt dans la direction du truc.

  • UT : Vous avez fait la musique en pensant à l’image ? Ou bien le contraire ?

Clara : C’est Clément qui nous à proposé un story-board en fait.

Armand : À la base avec Clara quand on a fait ce morceau, il y avait déjà un univers très teen-movie, où ça parlait d’une jeune vierge en soirée… C’est un peu une blague, ce drôle de tee-movie cliché américain dans les années 80, avec toute cette esthétique..! Donc Clara avait fait un premier petit clip pour une démo de ce track qu’on avait mis sur Youtube, qui était une sorte de montage – remontage de la scène finale de Carrie au bal du diable, de De Palma.

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Clara : C’est une espèce de petite fille qui se fait complètement bizuter, et qui a une mère qui est un peu sorcière, donc elle a des pouvoirs… c’est très sanglant, mais très « teen-movie sanglant », et très kitch. C’est un des premiers films de De Palma. Très coloré. Bref c’est parti un peu de cette esthétique. Clément avait vu ça, et je pense qu’il a été inspiré pour la première partie.

  • UT : Ça a duré combien de temps la réalisation de ce clip ? Et quel est votre univers plastique, à vous ?

Armand : Ça a duré très longtemps, parce qu’il y avait un manque de moyen humain et matériel… Galère. C’est très inspiré de jeux vidéos, parce que c’est ma génération, j’ai un taff un peu 3D… J’expérimente l’art vidéo, le jeu vidéo, j’ai eu un ordi très tôt chez moi, j’ai toujours été dans cette esthétique là qui m’a marqué tout gamin, il y a une chose d’un peu viscéral qui ressort quoi qu’il arrive. Après il y a une autre raison, purement technique, c’est que je ne suis pas dans l’hyper réalisme 3D, c’est quelque chose que je ne sais pas faire, et que j’ai jamais eu envie de faire. Ça garde un coté un peu fou. C’est pas la même démarche plastique, je suis très inspiré par tous les clips de Warp des années 90, qui étaient un peu à la pointe de la technique 3D. C’était un type balaise qui s’appelait Phil Wolstenholme qui faisait ça. Ça m’a fasciné, c’est beaucoup plus psychédélique et introspectif – c’est peut-être une histoire de génération – quand c’est pas réaliste. Quand ça sort de l’ordinaire.

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Clara : Moi j’ai expérimenté plein de trucs, mais je fais du son depuis que je suis toute petite, j’ai toujours une cohérence dans mon travail qui est hyper imprégné par la musique. Il y a deux ans, je montais des orchestres avec des jouets et pleins de petits instruments hyper lo-fi. Et là dernièrement, je fais vraiment de la performance où je raconte des histoires : le lien entre la parole, ce que je vais raconter, ce qui se passe derrière moi… je pars vraiment dans quelque chose de très scénique, de très théâtrale.

  • UT : Et le groupe s’est formé à quel moment par rapport à ça ?

Armand : On s’est jamais dit : on fait du son, on fait de l’art.. on va faire un projet musical ! Pas du tout, c’est juste : viens on fait de la musique, on s’en fout. A Cergy il y a une vraie ébullition musicale, beaucoup de gens expérimentent là-dessus, ils prennent beaucoup de gens qui ont une sensibilité ou un parcours musical. Mais pas du tout académique, vraiment spontané.

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  • UT : Je dis ça parce que là vous avez produit un son, un clip… vous êtes vu comme un groupe, on parle de vous comme tel.

Clara : La bibliothécaire partait, et moi je l’adorais, c’était une grande personne, je passais ma vie la bas. Elle avait même fait les beaux-Arts de Cergy… Elle était dans les murs depuis 30 ans quoi ! Donc elle a fait son pot de départ de retraite et on s’est dit : « vas-y on fait une impro », donc on a projetés un jeu vidéo d’Armand et puis on a improvisé de la zik, et après on nous a poussé à le refaire, donc à faire des lives à la villa d’Arson. Mais y’avait que de l’impro, pas de structure, trip total ! Et après on nous a porté, « oh vous voulez pas faire un vrai truc en fait ? ». Et voilà, là on nous a foutu des coups de pieds au cul : « vous allez avoir un live la-bas, dans deux semaines ! » Donc on est obligés de bosser ensemble, de développer le truc .

  • UT : Et comment s’est faite la rencontre avec votre label Cracki Records ?

Clara : On a pas dit ça mot pour mot mais c’est ce qui c’est passé, quand je dis « qu’on » nous a foutu des coups de pieds au cul, c’était eux ! Parce qu’on a un pote qui rentre en troisième année, qui s’appelle Yann, qui est ami avec eux. C’est lui qui nous a présenté. Kraft et Donatien ont commencé à nous proposer des lives, et puis ils nous ont dit : « venez, on fait un truc. »

  • UT : Donc là vous avez signé, et vous êtes sous la patte Cracki... Vous êtes contents ?

Clara : C’était pas du tout prévu, mais c’est bien, c’est génial ! C’est fabuleux.

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  • UT : Bon passons à autre chose, vous connaissiez le Bateau Music Festival ?

Clara : Pas du tout ! J’y connais rien en festoch, j’ai jamais vraiment fait de festival… on est là par Cracki.

Armand : C’est pas forcément notre truc, on fait beaucoup de concerts… mais ce qui est génial c’est qu’avec ce projet on est amené à en faire, et c’est trop bien ! C’est excellent. Je vais en refaire plein en tant que festivalier.

Clara : Et c’est aussi parce qu’on a pas trop de thune… ! Quand tu vois We Love Green et tous les trucs comme ça…

  • UT : Alors vous trainez dans quels endroits, à Paris et ailleurs ?

Clara : On traîne pas du tout dans les même lieux nous deux. Moi j’ai un groupe de garage aussi, Cannery Terror, je suis très intéressée par le rock, et depuis que je suis à Paris je fais des concerts punk-rock très ciblés. Mais on se rejoint dans les trucs plus expérimentaux, un peu noise… On a pas du tout les mêmes influences musicales.

Armand : Moi je suis plus musique électronique, et comme la techno et la disco sont très potes, on va retrouver énormément de musiciens de la scène techno qui ont des influences disco, et inversement. Même les papas de la techno ont écouté aussi beaucoup de disco et de funk !

Clara : Moi j’ai jamais écouté ça, c’est pas mon dada, mais ce qui est génial quand on travaille ensemble c’est que dès qu’on va s’échanger des influences, ce qu’il va me montrer je ne connaîtrais jamais, et ce que je vais lui montrer, il ne connaîtra jamais.

Armand : C’est enrichissant.

  • UT : Pourtant vous vous entendez bien musicalement, il y’a quelque chose qui se passe !

Clara : Ouais ! Mais il faut pas se leurrer, quand t’es dans une école d’art, tu as forcément des centres d’intérêts communs.

Armand : Y’a une manière de voir la musique et des objectifs qui sont clairement communs, avec Clara on sera tout le temps d’accord sur la manière dont on veut diriger le truc. Ce sera toujours unanime, on a globalement le même regard sur tout ça. Musicalement, on vient de scènes très différentes et on s’apprend beaucoup de choses, nos compositions se complexifient beaucoup de ce point de vue là, on intègre de plus en plus des choses d’un univers, puis d’un autre, parfois d’aucuns de ces univers… On essaye plein de chose. Le principe c’est qu’on est pas fermé sur nos univers musicaux, on est curieux, on a envie d’expérimenter.

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  • UT : Vous avec beaucoup d’autres morceaux ?

Armand : Pas beaucoup, parce qu’on est assez jeune, ça fait depuis 8 mois qu’on bosse vraiment, et encore, ça a été entrecoupé de diplôme etc.

  • UT : Un set peut durer combien de temps alors ?

Clara : Comme on compose en impro, nos chansons peuvent être très longues ! En live, la phase d’improvisation est très importante. Moins maintenant, parce qu’on a été obligé de structurer le truc, car on a enregistré l’EP en Normandie y’a 3 semaines…

Armand : Et être à deux sur scène fait que tu ne peux pas tout improviser sur certains morceaux, musicalement ça fait pas non plus longtemps qu’on joue ensemble, donc on ne se connait pas par cœur, en plus de ça y’a tout un aspect technique de la musique que Clara est en train d’apprendre, et inversement.

Clara : Moi j’ai fait de la guitare, mais je connais pas du tout la synthèse.

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Armand : Ces machines à la base tu ne les connais pas, de la même manière que moi j’ai un jeu d’instrumentiste sur mes claviers, alors que c’est quelque chose que j’ai peu fait jusqu’alors; j’étais plutôt avec des séquenceurs. On réapprend toute une expérience de la scène l’un comme l’autre. Avec le temps, on pourra de plus en plus improviser sur scène…

Clara : Mais on a du travail !

  • UT : On entend quand même déjà pas mal parler de vous dans la sphère musicale, mais ça part de très peu, un morceau !

Armand : C’est justement la question qu’on se pose et l’anxiété qu’on a par rapport à ça : comment seront accueillis les autres morceaux, qui en plus de ça ne sont fondamentalement pas dans la même veine !

Clara : C’est pour ça que je te disais que c’était un blague ce morceau : c’est un morceau très aérien, un peu léger, très pop… Mais on explore d’autre chose, on a un univers beaucoup plus vaste que cette chanson ! On définirait surtout pas notre musique par ce morceau !

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Armand : C’est un petit peu la question qu’on se pose : comment va être accueilli le reste, sachant qu’on parle de nous avec cette seule base là. Un morceau, de toute manière, quelque soit le groupe, suffit pas à le refléter. De manière populaire on peut retenir deux ou trois morceaux sur la carrière d’un groupe, mais quand on va écouter tout les albums, on va se rendre compte que ces trois morceaux ne vont pas être forcément les plus concrets.

  • UT : Dans une utopie, si vous aviez pu collaborer avec un artiste, mort ou vivant, et dans n’importe quel domaine, ça serait avec qui ?

Clara : Moi j’en ai deux ! C’est John Maus, et Ariel Pink. John Maus a fait Calarts, école d’art de Californie il y a je ne sais pas combien de temps, il est sur scène tout seul, il hurle, il est complètement fou, et ses compos sont incroyables. Et Ariel Pink, c’est Ariel Pink quoi ! C’est un ovni. Je pourrais jamais décrire sa musique tellement c’est riche.

Armand : Je le connais pas du tout mais justement je me disais, ce mec là qu’à fait les clips de Warp, Phil Wolstenholme, j’aimerais bien voir une sorte de clash générationnel sur la 3D. J’aimerai bien discuter avec lui au moins, un jour. Je crois qu’il est encore vivant…

Clara : Moi j’aimerais bien un jour aussi discuter avec Jodorowsky !

Armand : Et puis collaborer musicalement, peut-être avec Philippe Katerine en fait ! Je pense que ça serait une superbe expérience.

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Agar Agar sont sur le label Cracki Records

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Interview et photos réalisée par Louise Vanoni ©