Rencontre avec un des pères fondateurs d’Astropolis

Avant de partir trois jours en Bretagne pour profiter d’un des plus vieux festivals techno de France, Utopie Tangible revient sur les fondations de ce tremplin techno qui a débuté il y a 23 ans par des raves entre potes pour accueillir maintenant plus de 20 000 personnes. Gildas Rioulen, un des fondateurs et programmateurs d’Astropolis, plonge dans ses souvenirs.

•  Ça se passe à Brest, ville pas vraiment connue pour sa météo clémente, mais quand même foulée tous les ans par des milliers de festivaliers fidèles. Malgré une édition particulièrement pluvieuse l’année dernière – à laquelle on a assisté tout de même jusqu’au bout – les retours de la part des médias et du public sont toujours bons « je flippais total l’année dernière, l’édition dans la gadoue m’a un peu miné. Je suis de nature a être une véritable éponge, je reçois l’énergie – qu’elle soit positive ou négative ». nous confie Gildas. Mais « les festivaliers ont plutôt bien réagis, une fois que les touristes étaient partis; il restaient surtout les afficionados quoi ! Quand il y eu la pluie dans la cour, avec les lasers, les gens étaient là : « Il y a des paillettes, c’est génial ! » Et puis il y a les concours de glissades… Mais on le prend avec humour une fois, pas deux ».

•  Organiser un festival, c’est des mois de préparation, et surtout du rodage. « Il y a un bon réseau de passionnés en Bretagne, où on se connaît tous et on s’arrange bien entre nous, on essaye de pas faire deux festivals électro un week-end sur l’autre ».

•  Bon, le Macki tombe encore une fois le même week-end, mais « faire de la programmation à échelle nationale, c’est impossible ! Au niveau du Grand Ouest on arrive à respecter un calendrier, et on ne se regarde pas comme des concurrents : on se donne des conseils, des infos, et on essaye de s’arranger pour pas avoir les mêmes artistes… »

Green Velvet – Keroual, 2012

•  Partis d’une association étudiante qui organisait des concerts rock à Brest pour évoluer vers des raves qui tournaient partout en Bretagne, les créateurs d’Astropolis on fait du chemin – en donnant toujours cette dimension humaine à leurs évènements : « On n’était pas nombreux au début, on se connaissait tous dans ce réseau un peu clandestin. Il fallait pas trop en parler sinon les autorités allaient s’intéresser à nous… Il y avait un côté secret et excitant où on ne savait pas où on allaient, il fallait se rejoindre à un point pour aller à un autre et découvrir un lieu qui n’avait jamais été exploité… aujourd’hui toute les contraintes sécuritaire empêchent de faire ça« . Soyons positifs, cet esprit de liberté existe encore : « À l’heure où la musique électro s’est standardisé et banalisé, il faut faire attention à ne pas tomber dans le piège. Au bout de 23 ans j’essaye de défendre toujours la même identité : le rassemblement de toutes les générations, toutes les cultures, la diversité, créer l’excitation et faire attention à ne pas perdre l’adrénaline quand on va a un événement. Il faut préserver toute cette base de la culture électronique ».

« J’essaye de défendre toujours la même identité : le rassemblement de toutes les générations, toutes les cultures, la diversité, créer l’excitation et faire attention à ne pas perdre l’adrénaline quand on va a un événement ».

•  Tout en gardant les pieds sur terre, Gildas reconnait que « chaque édition c’est un coup de poker, je ne me suis jamais projeté, et j’hallucine un peu d’être encore là au bout de 23 ans. Maintenant on est reconnu par la région mais on reste assez fragile, c’est pour ça que je fais en sorte qu’il n’y ai pas deux festivals dans le même coin en même temps ».

•  La soirée de clôture du festival se déroule le samedi dans le Manoir de Keroual, assez vaste pour accueillir plus de 10 000 personnes. Le merveilleux site, entre forêt mystique et cour de château hanté, reste à taille humaine : « On fait plusieurs petites scènes qui regroupe des styles très différents. Les gens se rencontrent, ils échangent, il y a un électrochoc des cultures : le technoïde va faire un tour sur la scène expérimentale hardcore pour voir comment ça se passe, puis va aller dans le chill-out histoire de se reposer, découvrir les talents bretons qu’on à mis en avant… Le but c’est que ça déambule, que les gens se rencontrent, c’est ce qu’on fait aussi en journée avec le Mix’n’boules et les papis de la place Guérin ». Car Astropolis, c’est aussi en journée partout dans Brest. Divers évènements parsèment la ville et mettent en jambe nos esprits et nos oreilles : pétanque électroniques, boom pour enfants, concerts en extérieurs… « Tu rencontres les festivaliers et les artistes à la pétanque, ça parlera de la musique des années 60 avec de la techno d’aujourd’hui, c’est chouette ce moment là. J’ai fait tellement de festival, et au final tu ne vas pas te rappeler de telle fête ou tel concert mais plutôt de ces petits moments hors du communs, de la petite rencontre que t’auras pas eu sur d’autres évènements ».

Mix’n’boules © Alban Gendrot, 2016

•  Public fidèle pour ville pas très glamour, qui tend malgré elle à devenir une capitale culturelle, grâce à un maire actif qui s’entoure de gens plus jeunes qui se ré-approprient la cité. Le dialogue est plus facile, et les projets s’enchainent. Différents collectifs sont invités pendant ce week-end festif, qui permet de fédérer un état d’esprit commun autour de la musique. Gildas et ses deux compères du Sonic Crew bougent pas mal le week-end à la rencontre de ses acteurs du monde de la nuit, à la recherche aussi de nouvelles têtes. « Le fait qu’on mixe pas mal le week-end et que pas mal de collectifs nous reçoivent, ça forge des ententes. Quand est dans les mêmes état d’esprit et qu’on a la même niaque, souvent on les invite en retour. Ça leur permet d’avoir de la visibilité, la presse et le public est là, on les met en avant via tous nos supports de com… et l’union fait la force ! »

Sonic Crew, 1997

•  Depuis toutes ces années, une équipe s’est créée et gravite autour d’eux : « Il ne faut pas oublier que dans les années 90 on à beaucoup milités pour la reconnaissance de la culture techno, on étaient pas nombreux à l’époque et on se rassemblaient souvent autour de table ronde. C’est comme ça qu’on a rencontré Manu le Malin, Laurent Garnier, Jeff Mills… parce qu’on se battait pour la même chose, et forcément dans les batailles on était très soudés et on avait tous le même discours auprès des médias. De fil en aiguille on est devenu potes ». Si pote que certains d’entres eux font partie du line-up d’Astropolis quasiment tous les ans… voir à toutes les éditions : « Mais j’essaye de pas les faire tous tout les ans ! Par contre Manu est là tout le temps, il programme avec moi la scène Mekanik. C’est un très bon ami en plus d’être un Dj, il en a pas loupé une. Il fait parti de l’adrénaline d’Astropolis, de ses racines : Mekanik ne serait pas la aujourd’hui si il était pas là. Il y en a de moins en moins des scènes comme ça en France, mais on veux la garder. On l’a faite évoluer, là on fait des trucs plus expérimentaux avec Ben Frost ou Blanck Mass, on essaye de mettre des musiques moins faciles et moins diffusées dans le reste des festivals ».

Jeff mills, 1996

•  Pour ce qui est du reste de la programmation, c’est un travail continue, à l’année. « Je trouve ça un peu triste mais déjà au mois d’août j’ai des bookers qui me contacte pour l’année à venir… Y’a tellement de concurrence à l’international ! Et puis il y a la scène tremplin : on voit plus de 300 démos, on en sélectionne une quinzaine et on essaye de faire de l’accompagnement (intermittences, Sacem, contrats de sécu, contacts…). Pour sortir un jeune artiste de cette jungle, si tu as pas cette machine de guerre derrière pour être accompagné, tu passes à la trappe ! Le tremplin d’Astro à permis de belles découvertes : Superpoze par exemple. Le scène bretonne est super riche : à l’échelle de la France on à une identité de jeunes passionnés et de jeunes collectifs qui ne vont pas programmer n’importe qui n’importe quand, avec n’importe quel public ! »

•  La petite équipe d’Astropolis s’occupe donc aussi du booking d’artistes (Electric Rescue, Blutch, Möd3rn, Manu Le Malin…) et à créé son propre label. Cela leur permet de faire des échanges (avec le Piknic Électronik ou l’Igloofest de Montréal notamment) et de partir à la découverte du monde du spectacle de l’autre côté de l’atlantique. « On était en Nouvelle Calédonie avec Agoria, je parrainais leur premier festival électro – Les Chemins Sonores. Ils nous ont reçu une semaine avec la plongée, l’avion… c’était royal. j’espère être à la hauteur car ils viennent à Brest en juillet ! » Il y a aussi beaucoup de soirée Astro partout en France tout au long de l’année grâce au booking de leurs artistes : « On est en vadrouille entre Paris (au Rex), Angers, Rennes, St-Malo… On se déplace sur le territoire national aussi à la recherche de nouveaux artistes, mais je me forcerais jamais à programmer quelqu’un parce qu’il ramène tel nombre de personne, et je ne travaillerais jamais sur un projet si humainement il ne véhicule pas mon état d’esprit et ma mentalité. Il faut s’accorder là dessus ».

•  Ce qui l’a amené à rencontrer Jacques. « On l’a fait venir il y a deux ans en première partie à la Carène, quand il n’était pas connu du tout, et j’ai beaucoup reparlé de lui avec Seb (Agoria). Il me rappelle Doctor Rockit (un des noms de Matthew Herbert) qui faisait exactement la même chose : du sample en direct dans une espèce de micro-house un peu déjantée. Il a apporté de la fraicheur dans le paysage musical électro français. Quand tu lis ses interviews, son histoire, pourquoi cette coupe de cheveux atroce, son discours politique : il y a toute une réflexion, ce n’est pas qu’un produit marketing. Lisez ce qu’il raconte, intéressez vous à ce qu’il fait. Je lui ai proposé d’écrire un édito dans cette année pas comme les autres; il vient aussi jouer pour l’Astroboom et le soir sur l’Astrofloor. C’est mon coup de cœur de l’année 2016, je le respecte énormément. Il a le mérite d’être mis en avant parce qu’il a pris des risques dans son discours, dans sa musique, dans sa photo d’identité, c’est un artiste entier, tout simplement ».

 

• Rendez-vous donc à Astropolis du 30 juin au 2 juillet, à Brest même !

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