Interview Utopique : Jacque(s)

Le pluri-personnage, Jacques Auberger, a répondu à nos questions nous permettant de découvrir au mieux ce Strasbourgeois venu à la conquête de Paris.  Fondateur avec ses amis du collectif Pain Surprises, il a pu au cours d’un échange riche nous parler de ses rencontres, ses influences, sa vision, ses projets épanouis (avortés), sa conférence TED,…

Un personnage aux personnages divers et fournis. 

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Salut Jacques, peux-tu nous dire la signification du (s) de Jacques ?

Il y a toujours eu ce S à la fin de mon prénom, sans raison logique, un peu comme une excroissance, un grain de beauté. J’ai décidé que mon S était un S de pluralité parce que l’idée d’avouer plusieurs personnalités me plaît pas mal. Tu vois c’est un peu comme avoir plusieurs tenues vestimentaires. Comme on a tous un revêtement de personnalité qui nous permet de participer au monde normal de la façon qu’on veut, et que j’ai capté que ce revêtement de personnalité pouvait aussi être une cage à merde, bah je me suis dit qu’il m’en faudrait plusieurs si je voulais être bien. Et puis j’ai la chance de vivre entouré de personnes qui sentent l’air du temps, donc ils savent déjà que c’est vieillot de vouloir fonder son unique personnalité sur un bouquet d’adhésions théoriques à des camps issus d’analyses très grossières  : mainstream vs underground / libéralisme vs interventionnisme / esprit critique vs amour inconditionnel / apple vs windows / social club vs concrete / …

Certains disent qu’il faut faire dormir les bébés sur le dos, d’autre font dormir leur bébé sur le ventre ou sur le téco. Mais en vrai ça dépend des bébés ça dépend du pieu, ça dépend des jours etc… Moi je dis à tout le monde que l’alcool ça me fait pas du bien et que j’en bois pas etc… Un jour je vais me mettre une grosse taule et ça me fera beaucoup de bien. Donc tu vois le S ça signifie l’acceptation de ma pluralité, et ça nous permet d’être plus flexible pour pas tomber dans le vortex de chercher de la cohérence là où il y en a pas.

Une phrase pour résumer ton univers/ta vision ?

En ce moment c’est « Tout est magnifique ». Peut-être bientôt ce sera « Tout est discutable ». Je sais pas.

« Ce mec est énorme, il fabrique des machines monstrueuses en détournant des fours à micro-onde, des détecteurs de mouvements, des enceintes, des essuie-glaces, … »

 

Est ce que tu pourrais donner le secret de ce que j’ai baptisé le « Cello-Erhu émotif » dans ‘Tout est magnifique’ ? Est-ce organique ou as-tu tiré ce son d’une de tes machines.

J’ai pas de machines à part mon ordi. Le violon qui intervient dans ‘Tout Est Magnifique‘ (EP sorti chez Pain Surprises Records), c’est le Iron Violin qui a été forgé tout de métal par mon ami qui s’appelle Guillaume Gouerou, un des artistes avec qui je vivais au Wonder. Ce mec est énorme, il fabrique des machines monstrueuses en détournant des fours à micro-onde, des détecteurs de mouvements, des enceintes, des essuie-glaces etc… Un jour, il a eu l’idée de ce violon dont tout le corps et le manche serait en métal forgé et les cordes en filament de vieilles résistances électriques. T’imagines dans quel délire faut être dans ta tête pour aller au bout de cette idée? Ca veut dire choper du métal, des plans de luthier, te pointer dans une forge, etc… Bah dis toi : il a aussi fait un piano. Retenez son nom vous allez voir, il va nous sortir un truc puissant genre un jetpack-transpalette ou un parapluie-drone qui te suit par au dessus.

Qu’est ce qui a été le plus difficile pour toi durant la conférence TED. Résumé ta vie en 20 mins ? Réussir à trouver les mots pour transmettre ta philosophie devant une telle audience ?

Le plus difficile c’est de rester simple dans ce qu’on dit. D’abandonner l’envie de parler de tout ce qui mérite d’être partagé, et de ne se concentrer que sur une seule piste, un petit fragment du tout, pour finalement aller y retrouver, sous une autre forme, des occasions de dire tout ce qu’on voulait dire.

Les personnes qui ont été les plus influentes pour toi ?

Je ne cite pas mes parents, qui ne peuvent pas m’influencer puisque je « suis » eux…

Il y a mon ami Paul Armand Delille avec qui on avait un groupe de musique genre ethnico-electro : The Atlas Collective. J’ai joué du clavier sur ce projet et on a fait des performances où tout le monde pouvait participer avec des petits instruments et des percussions, je pense que ça m’a fait réaliser l’état d’esprit genre « tout le monde peut participer au concert ».
Sinon, il y a aussi Cyprien Steck alias Leopard DaVinci, avec qui on a fait une performances sous le nom « Liquide Baton », super nom d’ailleurs. Je faisais pas vraiment parti du projet mais je me rappelle d’un jour où on a fait de la musique improvisée avec plein de trucs trouvés dans l’appart d’un pote à lui. C’était marrant je tapais sur des verres avec des couverts pendant que Cyp jouait du tuyaux d’aspirateur. Ca c’est pour l’esprit « tout est de la musique ».
Sinon il y a un mec qui s’appelle Reggie Watts. Il fait de la musique hyper soulful avec sa voix et un sampler, et entre les chansons, il te sort des suggestions métaphysiques super profonde, sans en avoir l’air. Il a fait un TED qui est énorme. Il apparait d’ailleurs dans le documentaire « The Yes Men Fix The World », sans doute parce qu’il traînait dans les parages au moment des opérations des Yes Men, qui sont pour moi une autre influence, dans un domaine plus large que la musique en tant qu’entertainment.

Quand tu auras 50 ans, tu diras aux gens qui te demanderont qu’à 23 ans tu étais ….

… déjà Jacques. L’autre fois je discutais avec un indien qui s’appelle Ram. Il me disais « Quand j’avais 10 ans, si quelqu’un criait « Ram! » derrière moi, je me retournais. Aujourd’hui j’en ai 60, et si quelqu’un cris « Ram! » Je me retourne. » Je pense que tout ce que je vais réaliser dans ma vie existe déjà à l’état de germe, quelque part en moi.  Après les étiquettes et tout, oui à 23 ans j’étais troubadour électronique pour faire danser mes potes et m’exprimer de cette façon là. En tout cas quand j’en aurais 50 ans je serais sans doute plus entrain de faire ça. J’ai envie d’écrire des livres, faire des films, inventer des trucs, ouvrir des lieux etc. Ya plein d’envie quoi.

Un pourcentage de transformation d’idées qui te (ou « vous » avec les autres Jacques) vien(nen)t en tête ? Le temps en moyenne avant la production complète d’un projet ? 

Voila mon avis. Tout le monde a des idées. Seul un petit pourcentage de gens lancent leur projet. Parmi tout les gens qui lancent leur projet, seul un petit pourcentage de ces gens parviennent à mener leur projet jusqu’à sa concrétisation. Aussi bien, parmi toute les idées que ces gens ont, seule une toute petit partie de ces idées finissent par devenir un projet. C’est comme avec les graines des plantes, les spermatozoïdes, et même les bébés avant qu’on commence à combattre la mortalité infantile. Donc la bonne nouvelle là dedans c’est qu’une idée originale n’est pas une idée qui a des propriété magiques ou qui vient d’un mec super deep inspiré et tout. Un idée originale c’est simplement une idée concrétisée. Parce que le simple fait que ton projet existe, fait que ton projet se différencie de 99% des autres projets, qui n’existent pas. Le temps qu’un projet met à se réaliser, bonne question…Tu connais la Loi de Hofstadter ? Elle dit « Il faut toujours plus de temps que prévu, même en tenant compte de la Loi de Hofstadter. »

« L’Iclub. c’est une application pour smartphone (…) Quelle idée de merde. »

As-tu un projet que tu voulais absolument faire un jour, mettre sur pied et dont tu te rends compte aujourd’hui que c’était totalement con ou naze ? 

L’iClub. C’est une application pour smartphone, qui a pour but de stimuler la rencontre humaine, sur le moment, dans des clubs équipés. Un peu comme un twitter de teuf. Avec un wall dans la teuf où tout le monde peut poster des trucs et commenter en direct, proposer des sons au DJ, faire des concours de photo. Et avec des happenings et des jeux tu peux gagner de la tease. Quelle idée de merde. C’est loin de ma façon de voir la fête désormais. Sinon le bang musical. C’est un bang, à la place de l’eau y a de la musique. Donc une baffle dont le son est récupéré dans un tube avec une douille pour mettre de la weed. Je trouve ca naze aujourd’hui parce que je bédave plus alors mon prototype ne me sert plus à rien. Sinon des projets de merde j’en ai fait plein, j’ai essayé de reprendre un club, j’ai ouvert un squat en face du bois de Vincennes pour me faire expulser au bout de 3 semaines, j’ai un clip sur une musique qui n’était pas finie et il n’est jamais sorti. Enfin bon faut tenter quoi.

Il ne faut pas nourrir les regrets mais est ce que tu pourrais en citer un pour toi qui a compté dans ta vie et/ou qui continue encore aujourd’hui. 

Le regret de pas avoir réussi à faire exploser mon groupe du lycée « The Rural Serial Killers ». Tout ce que je pourrais réussir dans la musique sera à la fois l’échec de ce projet là.

Quelles sont les prochaines surprises du pain  ? Vos désirs dans différents domaines.

Bah c’est surprise. 

« J’aimerais beaucoup faire un barber shop quartet avec Rudolf SteinerSri Ramana et le Christ lui-même. »

 

C’est une question rituel chez nous: Dans ta plus belle utopie personnelle, quelle collaboration rêverais-tu de faire avec un artiste/performer/Homme tout simplement (mort ou vivant) ? et dans quel lieu ?

J’aimerais beaucoup faire un barber shop quartet avec Rudolf Steiner, Sri Ramana et le Christ lui-même. Plus sérieusement j’aimerais bien faire un festoche avec le line-up suivant : La journée : La Femme / La Mouche / La Classe / Salut C’est Cool / Flavien Berger / Bon Voyage / Gystere / Grand Soleil / Petit Prince / The Fat Badgers Et le soir : Jan Jelinek / Nicolas Lutz / Jacques en direct / Joy! / Julien Villa / Polo&Pan / Teraxx

Avec un box dans lequel on peut regarder des fractales en écoutant du Qebrus.

Crédit Photo: Oh Jude.

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L’EP ‘Tout est Magnifique » de Jacques est sorti depuis 2 mois chez Pain Surprises Records.